Valoriser les ressources locales et les producteurs du territoire pour rénover le patrimoine bâti en milieu rural : Yolène Valière, une des dix doctorant.e.s soutenues et co-financées par ACTEE, en partenariat avec 1000 doctorants pour les territoires, milite pour une architecture durable ! Dans le cadre de sa thèse CIFRE, la jeune architecte cherche à proposer une autre approche dans le secteur du bâtiment, plus durable et responsable. Comment mettre les différents acteurs autour de la table pour aborder ces problématiques ? Dans notre 4ème portrait, nous avons interrogé Yolène sur ses travaux engagés et passionnants.
Rénover le patrimoine local tout en favorisant l’économie du territoire, telle est l’ambition de Yolène, ancienne professionnelle dans le secteur du tourisme reconvertie en architecte. Depuis 2025, elle est implantée sur le Parc naturel régional (PNR) des Causses du Quercy (Lot), dont l’une des missions est de protéger ce territoire rural habité, et s’efforce de réunir les pouvoirs publics, les acteurs économiques et les particuliers pour proposer une architecture durable.
Crédit photo : Mathieu Genon
Yolène est une architecte engagée. « Je réfléchis beaucoup au rôle social de l’architecture », indique-t-elle. Pourtant, elle a failli ne jamais exercer ce métier qui l’a toujours fait rêver. Après un début de carrière dans le tourisme, elle décide à 28 ans de reprendre des études d’architecture à l’ENSA Toulouse. Quelques années après l’obtention de son diplôme, elle prépare une recherche doctorale tout en travaillant parallèlement comme dessinatrice en architecture dans le Lot. Avec déjà un certain recul sur sa carrière professionnelle, elle rêve de monter sa propre agence pour défendre une architecture favorisant des matériaux de recyclés, biosourcés, issus du réemploi et avec une démarche participative et citoyenne.
C’est en répondant à l’appel à candidatures de 1 000 doctorants pour les territoires, un programme facilitant l’embauche de doctorants dans les collectivités locales et cofinancé par ACTEE, qu’elle concrétise finalement son projet de thèse.
Le terrain d’études de Yolène se situe dans le PNR des Causses du Quercy. Son travail consiste à développer des rénovations du patrimoine « délaissé », des bâtiments à fort intérêt architectural mais inhabités ou abandonnés depuis longtemps.
Pour rénover ce patrimoine, Yolène veut s’appuyer sur des matériaux disponibles, comme par exemple la laine de mouton caussenard, une race d’origine locale. Elle accompagne la consolidation d’une filière qui permettra de mobiliser des savoir-faire locaux tout en faisant vivre le territoire. « Il faut faire preuve de beaucoup de pédagogie et expliquer aux usagers l’intérêt de la laine de mouton. Derrière ce matériau, ils doivent savoir qu’il y a des éleveurs, des personnes qui lavent la laine, d’autres qui la distribuent. »
Au-delà des usagers, il y a un enjeu de développer la confiance des artisans envers ce matériau, et de consolider leurs compétences, notamment en matière de pose. Pour Yolène, cette expérimentation s’inscrit dans une démarche plus globale d’interroger les origines des matériaux utilisés dans les projets de rénovation. Développer une filière locale permet de challenger les matériaux importés de l’autre bout du monde et d’évaluer ses bénéfices et ses inconvénients pour le territoire.
Engagée dans un syndicat d’architectes, Yolène partage ses résultats et ses observations de terrain et soulève l’intérêt croissant de ses collègues. Le réseau des doctorants d’ACTEE lui permet d’élargir encore plus ses liens avec les acteurs du secteur du bâtiment. Dans un monde qui se questionne sur des pistes de démondialisation, Yolène est convaincue que les architectes doivent prendre part à cette réflexion.
« Faire collectif, créer de la convivialité, coopérer dans la bienveillance, » c’est là toute l’approche qu’elle explore pour exercer sa propre vision de l’architecture.