Publié le 18/06/2026

Fortes chaleurs à l’école : les solutions mises en place à Saint-Vallier-de-Thiey

Chaque année, les épisodes de fortes chaleurs arrivent de plus en plus tôt, comme l’a démontré le mois de mai 2026. Une évolution qui met à l’épreuve le confort thermique dans les bâtiments scolaires et constitue un risque sanitaire pour les enfants. En 2025, dans le cadre du programme de recherche-action RACINE, ACTEE a lancé une expérimentation sur le confort thermique en période de canicule auprès de 15 écoles élémentaires. Parmi elles, l’école de Saint-Vallier-de-Thiey, qui a déployé dès le printemps 2026 ses premières solutions pour améliorer le bien-être des élèves avant l’été. 

Découvrez notre reportage dans les Alpes-Maritimes, à la rencontre d’une commune qui s’engage face aux défis climatiques.  

 

Crédit photos : Alex Bonnemaison

Pourquoi le confort thermique des écoles devient urgent ?

Situé en moyenne montagne dans les Alpes-Maritimes, à une heure de route de la mer, Saint-Vallier-de-Thiey est un village de 3 700 habitants à la croisée entre le littoral et l’arrière-pays. Très dynamique, la commune compte deux groupes scolaires, un collège, une maison de la santé et un espace culturel ; de nombreux services du quotidien fréquentés par les populations des villages alentours.  

 

Réélu en 2026 au poste de maire, pour son 4ème mandat, Jean-Marc Délia évoque l’évolution des conditions climatiques : 

« On est ici sur un climat méditerranéen, donc habitués aux fortes chaleurs l’été, mais avec les nuits fraîches de montagne. Or, depuis plusieurs années, on remarque que les épisodes de canicule arrivent de plus en plus tôt, et que l’on a du mal à rafraîchir les espaces intérieurs la nuit : cela concerne les habitations mais encore plus les gros équipements comme la mairie ou les écoles. »

Une collectivité qui fait le choix de la sobriété énergétique

En 2021, la hausse des prix de l’électricité constitue un véritable facteur déclencheur pour la communecomme en témoigne Gilles Dudouitadjoint au maire en charge de la transition énergétique depuis 2020 : 

 "L’augmentation spectaculaire des prix nous a poussé à nous interroger sur notre consommation d’énergie, afin de mieux comprendre nos besoins et de produire ce qui nous est réellement nécessaire. »

Sous son impulsion, la collectivité a structuré une démarche de transition énergétique autour de 3 axes : la sobriété énergétique, la rénovation du patrimoine et le développement d’une autonomie énergétique maîtrisée.Une politique de sobriété qui a amené les élus à s’interroger sur le confort des usagers dans les bâtiments publics en période de canicule  

« Souvent, la solution première à laquelle on pense, c’est de mettre la clim. » déclare Jean-Marc Délia. « C’est simple, c’est rapide, tout le monde est content. Nous, on a souhaité raisonner différemment : s’interroger sur la manière dont on peut adapter nos bâtiments, voir ce qui existe ailleurs, tout en limitant notre impact environnemental. »  

Jusqu’à 30° en journée dans les classes

La commune de Saint-Vallier-de-Thiey était déjà engagée dans des projets de rénovation énergétique avec ACTEE lorsqu’en avril 2025, elle répond à l’appel à candidatures pour le projet RACINE. Tester des solutions pour adapter les écoles aux fortes chaleurs : pour la collectivité, c’est l’opportunité parfaite ! Retenue parmi les 15 écoles pilotes partout en France, l’école du Collet-du-Gasq démarre le projet dès juin 2025 par la phase de diagnostic.  

Des instruments de mesure et des capteurs sont alors installés dans les deux bâtiments – école maternelle et primaire -, afin de relever les températures. Résultats : des pics à 30° enregistrés dans les classes en occupation. Autre constat, la difficulté des bâtiments à évacuer la chaleur la nuit, malgré des températures extérieures plus fraîches, avec des écarts atteignant jusqu’à 8 °C entre l’intérieur et l’extérieur. 

Les usagers au cœur de la démarche

Au-delà des mesures techniques, RACINE se distingue dans son approche par l’implication des usagers dès le démarrage du projet. A Saint-Vallier, les enseignants, les agents et le personnel de cantine ont reçu un questionnaire visant à mieux comprendre leurs ressentis, leurs pratiques et leurs attentes.   

C’est le cas de Marie Capdevilla, enseignante en grande section : 

« Il y a des grandes baies vitrées dans les classes, donc l’après-midi est le plus difficile, surtout pour les élèves assis près des fenêtres. La chaleur affecte directement le confort et la concentration des enfants : ils sont moins disponibles pour les apprentissages, donc on s’adapte. On éloigne les tables des fenêtres, et on privilégie les enseignements les plus importants le matin, et des activités plus calmes l’après-midi. »

« Leoccupants de l’école sont les premiers concernés. Cette approche nous a permis de mieux comprendre les causes des inconforts et de choisir des solutions adaptées aux usages réels plutôt que des réponses standardisées. » souligne Gilles Dudouit.  

L’école, terrain d’expérimentation du low tech pour rafraîchir les écoles

Le programme RACINE accompagne les écoles dans la mise en place de solutions low tech : c’est-à-dire qu’elles sont peu coûteuses, consomment peu d’énergie et ne nécessitent pas de travaux lourds. Une démarche assumée de sobriété énergétique qui permet aux écoles et à leurs collectivités de limiter l’impact environnemental, et de maîtriser leurs dépenses.  

Singularité à Saint-Vallier-de-Thiey, le projet RACINE est porté par un binôme formé de Gilles Dudouit, élu et de Valérie Bandecchi, cheffe de projet Petite Ville de Demain au sein des services de la collectivité, qui nous partage son enthousiasme :   

« Ce qui nous a particulièrement marqués, c'est la rapidité de mise en œuvre du projet. Dans les collectivités, plusieurs années peuvent parfois s'écouler entre l'idée d'un projet et sa réalisation. Avec RACINE, en moins d'un an, nous avons réalisé les mesures, analysé les résultats, défini les solutions et installé les équipements. »

Effectivement, dès le mois de mai 2026, l’école du Collet-du-Gasq a pu mettre en place différentes solutions, en prenant en compte les spécificités de chaque bâtiment :  

  • Protéger les bâtiments des apports solaires avec l’installation de brise-soleils en bois sur les fenêtres de l’école primaire, fabriqués en interne par les services de la collectivité, et de store-bannes sur la façade et la cour de l’école maternelle.  
  • Rafraîchir avec la mise en place de brasseurs d’air dans deux salles de classe. Sans abaisser la température de l’air, ces équipements économiques et silencieux améliorent nettement le confort ressenti, et accélèrent l’évaporation cutanée.  
  • Décharger l’énergie thermique cumulée en journée avec la ventilation nocturne. L’ouverture des fenêtres la nuit, sécurisée grâce à un système à soufflet, permet de créer un courant d’air et fait baisser la température intérieure de plusieurs degrés. 

Adapter les pratiques et changer les habitudes

Assurer le confort des élèves est une préoccupation de premier plan pour le personnel éducatif, qui évolue au quotidien avec les enfants. Au-delà des solutions techniques, la sobriété se traduit également par un changement dans les usages et les habitudes, comme en témoigne Stéphanie Dunoyer, employée de cantine très impliquée la démarche :  

« Lors de la commission "menus" qui se tient chaque mois, nous avons proposé de préparer des repas froids pendant la période estivale, et ça a été accepté. Ça évite d’allumer les fours, ça permet de limiter la chaleur, et c’est plus agréable pour les enfants comme pour nous. On a plein d’autres idées : par exemple, organiser des repas à l’extérieur, en mode pique-nique. »

Profitant du cadre naturel propice, Marie Capdevilla n’a pas hésité à sortir ses élèves de la classe lorsque l’inconfort se fait sentir : « Nous organisons régulièrement des séances en forêt dans le cadre d’un projet pédagogique. Au-delà de la découverte de la nature, ces sorties permettent aux enfants de bénéficier d’un environnement plus frais et plus agréable. » 

 

 

Pour la collectivité, l’école du Collet du Gasq est un des premiers terrains d’expérimentation : grâce au projet RACINE, Saint-Vallier-de-Thiey va pouvoir identifier les solutions les plus pertinentes, avant de les déployer à l’échelle du reste de la commune.